Des mots, des images, une histoire d’écriture qui se dessine, se cherche au hasard des rencontres littéraires, au fil de l’intime qui se dévoile de déchirure en déchirure,

Néantitude,  

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un Carnet virtuel

qui se donne à voir en effleurant d’un clic souris l’intitulé d’une rubrique présentée ci- dessous:

Ronde des Jours:  une réflexion qui se tisse au fil du quotidien, quête d’une écriture personnelle
(dernière mise à jour: 07 décembre 2005)

Pétales de prose : petits textes colorés de rêverie
(dernière mise à jour: 06 août 2005)

A peau d'âme, les mots : textes poétiques
(dernière mise à jour: 24 septembre 2005)

Histoires
 : Au coin du feu, lorsque l'hiver fait rage, on raconte dans les chaumières...
(dernière mise à jour: 11 septembre 2005)

Coïtus impromptus
: textes écrits avec contrainte
(dernière mise à jour: 06 janvier 2006)


Je vous souhaite un bon voyage
au pays de Nortine
.




 

26.9.06 14:49


La reine déchue


coupe des fiançailles de Marie Stuart et François II
par Jean de Cour
agrandir l'image ici



Il n’écrit plus. Glissant inexorablement dans le noir du néant. Bientôt il n’existera plus. Cela me fait toujours cet effet-là, un adieu. Une impression de fin du monde, à l’orée du néant. Là s’arrêtent mes pas, comme l’infranchissable d’un mur de non-matière, le surgissement d’un temps archaïque d’avant la lumière.

Lui a traversé le miroir. Il a rejoint les couleurs des fêtes de printemps, là où les fées dansent au son de l’arc-en-ciel, où les fontaines bleuissent mille notes diamantines. Il descend le Mont Vénus aux bras d’une douce Marieke aux cheveux d’or. Il pêche les étoiles dans le ciel de ses yeux et, à sa bouche vermeille, il cueille les délicatesses d’une fleur épanouie. Sous la voûte céleste, les constellations se nimbent d’un voile d’or à la vue des noces royales. C’est le temps d’Eden.

Il n’écrit plus. Et moi non plus. Mes mots s’en sont allés sur le chemin d’un coquillage. Et je ne les ai pas suivis. Mes pas en tous sens arpentent l’île au trésor. Elle est déserte. A côté du coffre ouvert, il n’y a pas de trésor. Il n’est qu’une reine déchue. Avec dans la tête, un jardin aux mûres où fleure encore le nard délicat. Et sur les lèvres, des fleurs de sel.

Aujourd’hui, j’ai croqué la galette des rois et ma dent a heurté la fève magique– elle avait des allures de santon en porcelaine, comme un goût de Noël- . Cela ne m’était jamais arrivé. Sur ma tête, les miens ont déposé une couronne d’or.

- Tu es la Reine, se sont-ils exclamés !

Moi je n’ai rien dit. J’ai déposé la couronne de papier, ne l’ai pas jetée. Le vent du soir m’a murmuré : Qui sait ?

4.6.06 15:54


Fin




Ah! vent froid d'hiver -
clameur de l'eau se brisant
contre les rochers

(Buson)



Ma terre se meurt sous l’eau amère.  Les mots languissent jusqu’à flétrissure.  Sur ma gorge appesantie une dalle noire et froide, et l’étincelle faiblit.  Au jardin des mots, une blessure d’amour coule sa noirceur.  Et le désir devient aphone. Le ciel de l'Afrique ne frémit plus sous l’envol des flamants roses.  Elle me tait.  L’absence.  Celle qui me nie jusqu’à la moelle, celle qui troue ma parole, m’efface du miroir …
De blancs silences voilent ma page.  L’heure d’un au revoir m’est venue.  D’écrire beau, l’envie n’est plus.  Juste un peu de poussière que ma plume soulève, comme un geste de ménagère dont la vie s’effile au rouet du plumeau.  J’époussette des mots-brindilles, des mots qui ne veulent rien dire.  Juste pour la mémoire, le geste d’écriture… Le Mot.



F i n

7.12.05 04:29


Le goût du métal





La femme prostituée n’a point de visage.  Elle n’est que trou, endroit sur envers, puits sans fond.  Elle est ce là où s’enfouissent doux, si doux, la brisure de nos illusions – et nos vies dépareillées -, la mort de nos espoirs – et nos futurs désertés -, le rêve de l’âme-miroir – et nos pas décalés.

Le mendiant d’amour n’a point de visage.  Il n’est que l’aigu d’un angle, fouissant la terre si fort, si fort, labourant la chair de ses poings, de sa chair pour qu’en jaillisse un aveu, un épi fécond, une fleur d’amour, une espérance.

Sexes sans visage, en frénésie, se désapprennent,

non essentiel,
non rencontre,
l’un l’autre

tombent la bouche, hébétés sous le goût du métal - comme une déchirure -, quand les mots se meurent, sous papier monnaie…

18.10.05 01:28


Delete



              oeuvre de Paul Jean Clays


Cher,

Tes mots déposés sur le rivage de ma bouche,
douces goulées de miel et de raisin,
m’attendrissent le cœur, comme la biche
immobile lorsque le chasseur sur sa mire la couche,
je palpite de tout mon être, éblouie sous le regard divin,
tes mots dans l’amour, tes je t’aime l'amitié,
je les cueille dans ma paume, les yeux mouillés,
mes lèvres sur un oui s’entrouvrent quand


Elle est mon Amérique à moi...


phrase-sagaie qui me transperce la tête
au poteau des illusions, le sang de ma dé- fête,

si belle ton Amérique, 
ivresse de liberté, 
souffle d’immense, 
vertes terres de l’espérance,
si cruels tes mots agenouillés
aux plis d’une autre féminité…

s'effacent

mon oui informulé,
ma lettre commencée,
mes illusions achevées,
mes envies d’un toi à mes côtés…

s'effacent

nos rêves de mouettes,


doux poème serti dans l’estran
d'une belle Ostendaise
orfévrée d’émeraude vaguelettes,
tout de l’histoire perd son allant,

et ce profond malaise

qui m’efface

il ne reste que le blanc - le blanc immense de ma douleur

qui
.
delete
delete
.
.

ne s’efface pas…

11.10.05 21:41


Blogue en jachère



               oeuvre tirée de Imaginaire


Le dire imaginaire se meut sous la plume comme un dieu aux multiples visages.  Il trace son sillon dans la terre que nous lui avons préparée.  Ainsi il vague une forme tantôt sauvage ou disciplinée, tantôt raison ou folie, selon notre volonté ou notre intuition… 

Ma plume caméléon s’enlise dans les marais du plaire, elle en oublie le dire originel, le visage authentique de ce qui se donne à voir de l’autre côté du miroir, l’Imaginaire.  A vouloir le beau comme tel ou tel autre, je ne me suffis plus, je m’éclate en parcelles, je m’éloigne du soi…Dans l’entre-deux-rives, il s’est créé une césure, une fêlure, comme un dérapage dans l’authenticité…

Je me sens écrire pour suivre le rythme d’un blog, pour offrir de l’agréable aux yeux de virtuels voyageurs, pour infléchir à souhait la courbe du compteur…  C’est mon travers, c’est ma faille…Ma nature me pousse à séduire.  On ne naît pas impunément sous les auspices de la constellation de la Balance…

Aujourd’hui, je mets mon blogue en jachère…

J’ai tardé à poser ces mots, et déjà le froid de l’absence me couvre de son aile, et l’envie d’écrire ici des textes à foison me vient tout à coup, comme un geste rebelle, un dernier cri, avant le silence…

Je continuerai d’écrire pour Coïtus Impromptus – un texte par semaine, si le titre inspire  mon chant imaginaire-, j’ai créé une nouvelle catégorie à cet effet… Comme un exercice de texte à contrainte qui m’oblige à creuser des pistes nouvelles.

D’une écriture insoumise, oui, j’ai l'envie…  Comme un pont reliant l’un et l’autre côté de l’entre-deux-rives, l’Imaginaire ouvert en un monde, qui est mien...

8.10.05 22:47


Une nuit chaude à Tombouctou 1





J’ai pris plaisir à mettre sur pied le texte pour Coïtus impromptus : "Une nuit chaude à  Tombouctou".  Ce n’était pas un sujet facile à traiter.  Et je ne voulais pas l’aborder sous l’angle d’une nuit d’amour.  Alors, je me suis tournée vers la narration d’une histoire.

Tombouctou.  Je n’en connaissais rien.  A quoi ressemblait cette ville ?  Où se situait-elle ?  Comment les gens y vivent-ils ?  Le paysage, la flore et la faune, les odeurs?…  Tout cela m’intriguait. 

J’ai entrepris un travail de recherche via Google et petit à petit, la métamorphose eut lieu.  Je commençais à entendre les bruits du marché sur la place de l’Indépendance, me promenais à l’ombre de ses ruelles, admirais la beauté de ses portes ciselées, découvrais l’important travail entrepris pour préserver les manuscrits anciens.  Tombouctou cessait d’être anonyme, elle m’apprivoisait, elle me dévoilait ses richesses… et j’écrivis l’histoire, incluant même le détail d’une recherche sur les armes (c’est fou ! Sur le net, les armes s’exposent, se vendent sans aucune difficulté…)

Je réalise mieux le souci d’exactitude dans les détails de Pierre Assouline lorsqu’il entreprend la rédaction d’un roman.  Pour bien écrire un roman, en effet, il nous faut le sentir, il nous faut nourrir l’imaginaire avec les réalités de l’environnement dans lequel évolue l’histoire…..  Et nous en sortons tout enrichis, et un peu plus ouverts sur le monde…

En ce qui concerne mon texte, il est trop long pour répondre à la contrainte de l’espace du Coïtus, je n’ai pas pu déployer mes ailes comme je le voulais.  Le manque de temps aussi.  Une semaine, parfois c’est un peu court.  Je plonge dans la description et il me semble manquer de mouvement mais ... l’imagination était présente au rendez-vous,  le plaisir aussi et l’envie d’approfondir ce genre d’écriture…

Et comme le chante le Grand Brel avec une pointe d’humour, je dirais moi aussi : « Au suivant ! »…

8.10.05 22:36


Le lit japonais.



Texte écrit pour Coïtus impromptus.






Du bout de ses doigts, L. glissait son envie sur le papier de soie, il fleurait bon l’odeur du cuir.  De nos jours, il est rare que les chaussures soient encore vendues dans cet enrobage.  L. ferma les yeux.  Toucher de soie.  Comme la peau des amants s’effeuillant fluide et soyeuse sous les doigts.  L. s’en souvient bien.  Comme ce premier jour où elle le rencontra.  Costume gris taillé dans un tissu souple et doux, une peau parfumée bois de santal et orange amère tout à la fois, une voix s’épanouissant en notes chaudes et enveloppantes.  Il l’avait saluée, lui tendit la main, elle répondit sans trop chercher le pourquoi de ce geste inattendu.  D’emblée, il lui plaisait.  Narines dilatées, elle s’imprégnait de son odeur, goûtait silencieuse, le velouté de sa voix, arrondissant ses lèvres sur la promesse d’un oui.  Une rencontre, une promenade sur la mosaïque rose des piétonniers, un café crème, un tête-à-tête dans l’intime d’une chambre.  Ni la sienne, ni celle de L.

C’était une chambre aux proportions d’un carré.  Les murs tapissés d’un brocart d’or mettaient en valeur le lit japonais central dont le futon rouge reposait tel un coquelicot sur un calice noir.  A gauche, une lampe en forme de poisson ciselé dans une dentelle de porcelaine ajourée éclaboussait l’obscurité de mille ocelles lumineux. L’air embaumait sous les effluves de l’oliban embrasé.  La pièce était vide de tout autre mobilier.

Leurs corps se détachaient dans l’espace nu, deux verticales s’élevant comme les colonnes ioniques d’un temple antique, à l’approche des mystères d’Eleusis.  Leurs regards entrecroisés palpitaient d’un indicible.  Il prit l’initiative, avec douceur, effeuillant un à un leurs vêtements jusqu’au désir dénudé.


Regarde-moi, lui dit-il, fais-moi l’amour avec tes yeux, les paupières ouvertes sur la nuit sauvage de tes pupilles de moire.

Embuées sous le sel du plaisir, nos peaux glissées sur la mouvance de nos corps-paysages s’épanouissent dans l’incarnat d’une insaisissable gestuelle, raconte L.  Dans le noir de ses prunelles, je contemple son corps fléchi de tendresse se couler en mon être, je m’éclos fleur d’oranger sous le soleil de ses caresses légères.  La nuit s’agite de mille échos, murmures d’une Afrique sauvage, quand les fauves sinuent entre les herbes de la savane en quête de quelque proie.  Il me presse contre sa vigueur, me roule entre ses bras, m’enlace de fines morsures.  Un feulement gronde en ma gorge.  Je me métamorphose panthère, ma peau noire bondissant d’un puissant coup de rein, mes caresses égratignant son torse lactescent, l’appel du sang découvre mes crocs.  Je suis gazelle, proie qui tressaille dans la gueule du prédateur, je sens la mort venir, mes veines pulsent la chaleur d’un sang agonisant.  Mémoire archaïque qui s’éveille dans la délivrance des sens oubliés. 
Dans l’oeil de son iris, se profile la silhouette de l’homme-bélier.  Un feu jaune étincelle dans ses yeux.  Il m’attire jusqu’à la possession et la nuit s’enflamme de luxure à la grande joie de Sodome.  Fêtes galantes des mille et une nuits.  Nos corps s’explosent, océan de feu tourbillonnant jusqu’aux lointaines contrées stellaires, jusqu’à la mort d’une étoile vieillissante qui implose sa matière aux confins de l’infini, jusqu’à la naissance d’un nouvel univers rayonnant dans la nuit de nos pupilles.


Lorsque L. s’éveille des fatigues de l’amour, elle découvre le vide de son absence.  Sur l’oreiller repose une orchidée pourpre, dernier mot tendre d’une rencontre dont l’histoire se termine à la lumière du jour.


L. ne revit plus son amant.  De lit japonais, elle n’en eut jamais.  Mais son regard avait acquis une étrangéïté qui décontenançait quelques fois les hommes, comme une statue vacille sur un sol amolli tout à coup.

11.9.05 02:05


Une nuit chaude à Tombouctou




Pour rêver du Mali

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4.6.06 15:53


Nuit chaude à Tombouctou


tombouctou.jpg

Artémia se mit en route après le dernier chant du muezzin.  D’un seul coup, la nuit était tombée, lourde paupière d’un ciel fatigué.  Comme embaume l’oliban, quand le portent des vents languissants!  Ici et là, s’élève le chant du pilon cognant le mortier de cuivre, ivre des senteurs de henné et du girofle odorant.  Ce soir, les femmes seront belles et les alcôves frissonneront encore sous le doux gémissement des amants.

Artémia soupira.  Son objectif était tout autre.  Elle devait se rendre chez Sâdi l’Ancien, le bibliothécaire.  Dans le cadre de sa mission auprès de l’UNESCO,  elle était à la recherche de vieux manuscrits relatant l’histoire de civilisations anciennes de l’Afrique.  Et Tombouctou – celle que l’on nomme "la mystérieuse" - regorgeait de ces traces antiques. 

Il y a deux mois,  Sâdi l’Ancien avait contacté un ami érudit à Fez.  Il avait déniché - disait-il- une carte authentique datant du XIVème siècle, dessinée par l’architecte-poète andalou Es Sahéli.  Elle indiquait avec précision l’emplacement du royaume de la Reine de Saba.  Il y avait là de quoi mettre en émoi tous les chercheurs en archéologie mais également tous les chercheurs de trésors perdus.  C’est pourquoi Sâdi l’Ancien voulait que son ami l’examine de son œil d’expert.  Il se sentait en danger – sans préciser la nature de la menace- et demandait à son ami d’agir avec la plus grande discrétion.  Artémia avait été mandatée pour mettre en lieu sûr le précieux document.

Afin de passer inaperçue dans la foule, elle avait revêtue une longue tunique de satin jaune tendre et un voile bleu recouvrait son épaisse chevelure aux bruns flamboyants.  Dans le reflet d’un cuivre étincelant, Artémia se sentit belle, l’instant est fugace… Au détour d’une étroite ruelle, elle était arrivée au lieu du rendez-vous.  C’est vrai que les portes sont belles à Tombouctou, se dit-elle admirative.  Quatre rangs d’enluminures argentées ornaient la porte en bois brun, comme les quadrilatères symboliques du monde terrestre, le tout était enchâssé dans une enluminure de vert émeraude.  Aussi belle que le portail d’un vieux coran manuscrit.  Artémia sourit.  C’était bien là une demeure de bibliothécaire.

La porte était entrebâillée.  Surprise, Artémia pénètre dans le corridor et se retrouve dans une cour intérieure.  Au centre, il y avait une fontaine en mosaïque bleue, entourée d’un parterre de roses aux nuances d’opale.  Sur les côtés, s’alignent plusieurs pièces s’ouvrant sur l’une ou l’autre activité de la maisonnée.  Une seule pièce est illuminée et c’est là qu’Artémia dirige ses pas.  Un sombre pressentiment l’étreint.  Quelque chose ne tourne pas rond.  Ce silence… Cette porte entrouverte…  Ce n’est pas normal. 

Artémia entre dans la pièce: elle se trouve dans un bureau.  Un choc.  Son pied droit vient de heurter quelque chose.  Là, derrière le divan au velours carmin, un corps est allongé.  Sur le sol, près de la poitrine, un peu de sang s’écoule…  Sâdi l’Ancien vient d’être poignardé !  Artémia se penche et constate que l’homme est mort, il y a peu de temps.  Son corps est encore chaud.

Artémia sent la peur glacer ses veines.  La quête du parchemin devient dangereuse et elle doit se méfier.  Sâdi l’Ancien lui avait dit qu’en cas de danger, elle devrait chercher le parchemin au dos du livre les « Rubayt » d’Omar Khayyam.  Artémia contemple la bibliothèque luxueuse couvrant tout un pan de mur.  D’un lent regard circulaire, elle scrute la pièce.  A droite, un secrétaire en bois d’acajou.  La porte est forcée.  Sûrement le meurtrier, qui recherche la même chose qu’elle.  Soudain, sur la troisième planche de la bibliothèque, elle aperçoit un livre couché sous un pendule à mouvement perpétuel.  Celui qu’elle recherche peut-être ?  Oui, c’est le bon livre.  Artémia l’ouvre,  touche l’envers de la couverture, elle y sent une légère enflure.  Délicatement, elle décolle le renfort qui protège les angles et le corps du livre se détache sans difficulté.  Voilà le parchemin !  Artémia s’en saisit aussitôt et le glisse dans un tube de protection qu’elle avait apporté avec elle.

Un bruit de poterie qui se brise.  Artémia se retourne juste à temps pour voir un individu s’élancer sur elle.  L’éclat métallique qui brille à son poing ne laisse aucun doute sur ses intentions.  Sans réfléchir, Artémis sort son luger et tire un coup de feu, blessant l’agresseur à la jambe gauche.  Il s’écroule, son visage grimaçant de douleur.

Le coup de feu semble avoir réveillé la maisonnée, des voix inquiètes fusent çà et là.  Artémia n’a qu’une envie : s’enfuir avec le précieux document.  Elle traverse la cour, haletante, pestant contre la longueur de sa robe qui l’entrave.  Au passage, heurte une domestique, qui se met à hurler Au voleur !  La panique est générale.  Artémia en profite pour se couler dans l’ombre propice des ruelles et rejoint sans encombre, la demeure du directeur de la bibliothèque andalouse, son ami et allié dans cette affaire. 

Sous la douche, elle réfléchissait sur les commanditaires possibles liés à l’agression de Sâdi l’Ancien.  Peut-être son hôte lui indiquera-t-il quelques pistes à suivre.  Sous les coulées de savonnée onctueuse, Artémia commence à se détendre.  Elle fut chaude, cette nuit à Tombouctou, pensa-t-elle.  Elle soupire d’aise à l’idée de regagner Bamako demain.  Son fiancé l’attendait à l’hôtel Liberty.  De belles nuits chaudes en perspective, murmura-t-elle, un sourire sur les lèvres…


6.10.05 23:22


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